L'été, les tomates anciennes envahissent les marchés. Noire de Crimée, cœur de bœuf, Marmande : leur chair juteuse et leur parfum ensoleillé n'ont besoin que d'un filet d'huile d'olive, d'une pincée de fleur de sel et de quelques feuilles de basilic pour briller. Mais dans le verre, le piège est vite tendu. Le rosé, souvent servi par réflexe, peut passer inaperçu s'il manque de fruit. Le vin blanc, lui, risque de paraître trop acide face à une tomate bien mûre. Alors, que boire à côté de ce plat estival ?
Le saké, un accord qui décuple les saveurs de la tomate
Xavier Thuizat, meilleur sommelier de France et l'un des rares Français à détenir le titre de Saké samouraï, propose une piste inattendue : le saké. « Ce que j'adore avec les tomates, c'est le saké », confie-t-il. Cette boisson japonaise ne se réserve pas aux produits de la mer. Pour une salade de tomates au basilic, il recommande un daiginjo, un saké produit avec des grains de riz polis à 50 % minimum, ce qui lui confère une grande pureté aromatique.

Selon lui, le daiginjo possède des notes d'anis et de fenouil. Associé à la tomate et au basilic, il crée un nouvel univers aromatique en bouche. Après une gorgée, la tomate devient encore plus fruitée, et des arômes de pêche blanche apparaissent, avec la texture duveteuse de sa peau. Le saké produit une réaction quasi chimique qui modifie notre perception gustative du plat, bien plus efficacement qu'une vinaigrette.
Les vins qui fonctionnent vraiment avec les tomates crues
Si le saké n'est pas votre tasse de thé, plusieurs options viticoles restent valables, à condition de respecter quelques règles. L'acidité de la tomate est le premier critère. Il faut un vin dont l'acidité égale celle du fruit, sinon le vin paraîtra plat et manquera d'éclat.
Les rosés fruités et peu tanniques
Les rosés de Provence ou de Corse sont des valeurs sûres. Peu tanniques, ils se fondent dans la tomate et soulignent son goût délicat. Un Côtes de Provence aux arômes de fruits blancs et jaunes ou un Corse poivré et fruité apportent du caractère sans accentuer l'acidité. Un Patrimonio, frais et fruité, rappelle les arômes subtils de la tomate.
Les blancs secs et frais
Les vins blancs secs sont une alternative intéressante. Un Sylvaner d'Alsace, avec sa fraîcheur et son croquant, fait écho aux notes acidulées de la salade de tomates. Les blancs italiens, comme un Bianco d'Alcamo de Sicile ou un Frioul, sont floraux, fins et assez acides pour ne pas s'opposer à la tomate.

Adapter le vin à la cuisson et aux accompagnements
Le choix du vin change radicalement selon que la tomate est crue, cuite, farcie ou intégrée à un plat riche.
| Type de plat | Vin recommandé | Exemple concret |
|---|---|---|
| Salade de tomates crues | Blanc sec et frais, rosé léger | Sylvaner, Frioul, daiginjo (saké) |
| Tomates farcies | Rouge fruité aux tanins légers | Pinot Noir d'Alsace |
| Plats mijotés (ratatouille, lasagnes, poulet basquaise) | Rouge aux tanins soyeux | Pinot Noir Exception, Sangiovese |
| Viande et sauce tomate (osso buco, bolognaise) | Rouge tannique et acide | Barbera, Nebbiolo |
| Tomate et fromage fondu | Blanc sec | Pinot Blanc, Riesling |
Pour les plats mijotés comme la ratatouille, un rouge aux tanins soyeux est préférable. Les rouges tanniques et élevés en acidité, comme le Sangiovese ou le Nebbiolo, sont excellents avec les plats de viande et sauce tomate, car les tanins s'assouplissent au contact des protéines animales.
Les erreurs fréquentes à éviter
La première erreur est de servir un vin trop tannique avec une tomate crue. Les tanins du vin deviennent râpeux en bouche. La seconde est de négliger l'équilibre des poids : un Sauvignon Blanc délicat est parfait pour une salade de tomates, mais trop léger pour une moussaka où la tomate est en arrière-plan. Enfin, éviter les vins blancs trop boisés ou trop riches, qui écrasent la finesse de la tomate.
Un conseil concret pour cet été
Pour une salade de tomates au basilic, oubliez le rosé industriel et testez un daiginjo ou un blanc sec du Frioul. Si vous préférez le rouge, choisissez un Pinot Noir léger. L'important est de jouer sur l'écho des saveurs : les herbes séchées du plat peuvent évoquer les notes de garrigue de certains vins. La règle d'or reste l'équilibre de l'acidité et du poids entre le plat et le verre. Ne vous fiez pas aux habitudes, mais à ce qui se passe en bouche.
